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Jongler avec l’aide d’urgence et le développement à long terme

A l’heure où la récession s’abat sur le monde, les analystes se demandent si les urgences, notamment les catastrophes naturelles, continueront de se voir allouer des fonds (le 19 novembre, un appel de fonds a été lancé pour obtenir la somme record de sept milliards de dollars, qui servira à faire face aux crises) tandis que l’aide au développement, notamment les investissements agricoles en Afrique, est négligée alors même qu’elle permettrait à long terme de sauver bien plus de vies.



La question a été abordée le 15 novembre, au sommet du G20, à Washington. Les participants ont reconnu « l’impact de la crise actuelle sur les pays en voie de développement, en particulier les plus vulnérables », et réaffirmé l’importance des Objectifs du millénaire pour le développement, pressant les économies à la fois développées et émergentes à « prendre des engagements en adéquation avec leurs capacités et leurs rôles au sein de l’économie mondiale ».



Mais comme l’a déclaré à IRIN Lurma Rackley, directrice des relations publiques de CARE : « Répondre aux besoins de l’urgence implique souvent de détourner des fonds, du temps et des ressources humaines qui pourraient être consacrés à des programmes de développement durable à long terme »



« Or, ces programmes, dans les secteurs de l’agriculture, du développement économique, de la société civile, de l’émancipation des sexes, de la santé et autres, peuvent permettre de sortir les communautés de la pauvreté », a-t-elle ajouté. « Ce sont ces mêmes programmes qui pourraient aider à éviter le cercle vicieux de la dépendance ». 



Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) s’intéresse principalement aux urgences complexes et aux catastrophes naturelles, et les fonds accordés pour financer les interventions immédiates sont une source de préoccupation majeure. « J’espère seulement qu’ils [les bailleurs] seront capables de distinguer l’aide urgente et vitale, et d’assurer qu’elle soit préservée », a déclaré à IRIN Stephanie Bunker, porte-parole d’OCHA.



« Nous nous préoccupons à l’idée qu’un effondrement économique mondial puisse se répercuter à la fois sur l’aide au développement, ce qui serait vraiment grave, et sur les investissements agricoles, qui, compte tenu de la nature de la crise alimentaire mondiale, sont un élément de la solution », a-t-elle néanmoins ajouté. A mesure que la crise s’aggrave, a-t-elle noté, Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, ne cesse de souligner la nécessité primordiale d’atteindre les OMD fixés dans les domaines de la réduction de la faim, de la pauvreté, des taux de mortalité maternelle et infantile, et du manque d’accès à la santé et à l’éducation, d’ici à 2015.



Pour atteindre ces objectifs à long terme, il faut investir plusieurs milliards de dollars chaque année. « En des temps de difficultés économiques, tandis que nous nous trouvons confrontés à des réductions budgétaires, les programmes de développement visant à renforcer la capacité des populations marginalisées à générer des revenus ou à améliorer leur accès à des soins de santé de base de qualité ne sont pas considérés comme des questions “de vie ou de mort”, et sont dès lors perçus comme moins prioritaires », selon Dominic MacSorley, directeur opérationnel à Concern Worldwide.



« [Pourtant] 40 années d’expérience passées à intervenir pour faire face aux catastrophes humanitaires les plus graves dans les pays les plus pauvres du monde nous ont appris que nous devions investir dans le développement à long terme pour avoir la moindre chance de pouvoir prévenir les urgences et les catastrophes à l’avenir ».



Les répercussions sur le secteur agricole



David Roodman, chercheur au Center for Global Development (CGD), une cellule de réflexion de Washington, prévoit également que la crise aura des conséquences plus lourdes sur les investissements à long terme dans les domaines de la science agricole, des infrastructures, de la santé et de l’éducation, particulièrement en Afrique.



« [Ces domaines] en souffriront plus que l’aide d’urgence », a-t-il expliqué à IRIN. « Je pense que les premiers bénéficiaires d’Afrique (l’Ouganda, le Ghana, la Tanzanie) vont probablement subir des réductions disproportionnées ; ceux-là en subiront davantage les conséquences ».



Le Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations Unies, créé en 1977 à l’issue du Sommet mondial de l’alimentation de 1974 pour aider les populations rurales pauvres, est conscient du danger. « Cette crise de liquidité risque de limiter le flux de capitaux liés aux investissements à long terme dans des secteurs tels que l’agriculture, alors même que ces investissements sont nécessaires d’urgence », a indiqué une source du FIDA, qui a souhaité conserver l’anonymat.



Episcopal Relief and Development est en revanche plus optimiste. « En des temps de difficultés économiques comme ceux-là, ceux qui ont le moins souffrent toujours le plus. Nos bailleurs sont conscients de cela et continuent de nous soutenir malgré les difficultés économiques. Nous prévoyons de recevoir un soutien continu en faveur de notre Fonds d’inspiration pour les OMD et d’autres programmes semblables, à l’avenir », a indiqué à IRIN Robert Radtke, président de l’organisation humanitaire internationale de l’Eglise épiscopale américaine. L’organisme a alloué 16 millions de dollars à diverses causes, l’année dernière.



ma/am/mw

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